Regarder la réalité écologique en face

Avant propos : si vous connaissez déjà les enjeux, vous pouvez passer au paragraphe d’après ! 

En 2020, un rapport du World Economic Forum a identifié deux risques engendrés par l’Homme et qui menacent le Vivant :

  •  Le réchauffement climatique menace de dépasser les 2°C. Pour éviter cela, il faudrait en France (selon la Stratégie Nationale Bas-Carbone) réduire les émissions de gaz à effet de serre de 87% d’ici 2050 par rapport aux niveaux de 1990. Soit une division par six. C’est un défi énorme. Absolument gigantesque. A l’échelle individuelle, cela implique de passer de 11 tonnes de CO2 émises actuellement par français, à moins de 2 tonnes.
  • La biodiversité s’effondre : environ un million d’espèces animales et végétales sur les quelques 8 millions estimées sur Terre sont menacées d’extinction, dont « beaucoup dans les prochaines décennies » (selon un rapport des experts biodiversité de l’IPBES). En 40 ans, nous avons perdu 60% des populations d’animaux sauvages sur Terre (selon le rapport Planète Vivante 2018).

Quand on prend conscience de la brutalité de cette réalité, beaucoup d’entre nous font d’abord face à un sentiment d’abattement et d’impuissance. Certains appellent cela l’éco-dépression, ou l’éco-anxiété. Si cette réaction est parfaitement justifiée, l’enjeu est de dépasser la sidération pour pouvoir agir. Car l’action a le double avantage d’améliorer l’état du monde, et d’aller mieux soi-même. Cette attitude, c’est l’optimisme.

L’optimisme est un devoir, et le seul moteur d’action possible

D’après Philippe Gabilliet dans Éloge de l’optimisme : Quand les enthousiastes font bouger le monde, il existe une voie optimiste. Et à l’heure de la montée des incertitudes dans tous les domaines, cette voie seule est à même de faire bouger dans le bon sens la société et ceux qui y vivent. Seul l’optimisme donne envie, motive durablement, donne à chacun de croire en ses rêves.

Ainsi, l’Humain a des droits, mais il a aussi des devoirs ; et le premier d’entre eux est le devoir d’optimisme, clé de tous les autres. L’écrivain Romain Rolland disait : « Je suis pessimiste par l’intelligence, mais optimiste par la volonté ».

Considérer l’information comme des faits que l’on ne peut pas ignorer

On parle ici d’un optimisme non pas béat, mais lucide face à une réalité parfois brutale. C’est pourquoi l’article a commence avec le rappel des enjeux.

Parmi les facteurs de succès des entreprises excellentes, on trouve la capacité des dirigeants à garder la motivation tout en regardant les faits en face. C’est le « paradoxe de Stockdale ».

« Il est totalement impossible d’accumuler les bonnes décisions sans au préalable affronter la brutalité des faits ». Selon l’étude de Jim Collins Good to Great, de la performance à l’excellence, les entreprises « à succès » n’ont cessé de réorienter leur itinéraire vers l’excellence en fonction de la réalité. Au contraire, un directeur d’une entreprise qui, malgré son potentiel n’a jamais franchi le seuil de l’excellence, fut « aveugle à toute réalité ne cadrant pas avec sa propre vision du monde ».

L’étude montre ainsi que des personnalités très charismatiques doivent faire face au risque de vouloir « filtrer la réalité ». Churchill, par exemple, a surmonté cet écueil. Son fort caractère lui a donné une force inflexible pour garder l’Angleterre libre. On se rappelle de son célèbre discours: « Nous sommes résolus à détruire Hitler et chaque parcelle du régime nazi. Rien ne nous détournera de ce but . Rien ! ». Mais il craignait que sa personnalité charismatique n’incite à détourner les mauvaises nouvelles. Il a donc créé au début de la guerre le Statistical Office, dont la mission était de lui fournir les informations sur les aspects les plus négatifs de la réalité. Cela lui permit même de dormir sur ses deux oreilles dans les pires heures de la guerre car, dit-il : « nul besoin de rêves réconfortants; les faits valent mieux que les rêves ».

Churchill, meilleur coach motivation de l’Histoire moderne :
“Never, never, never give up.”
“A pessimist sees the difficulty in every opportunity, an optimist sees the opportunity in every difficulty.”
“Success is not final, failure is not fatal, it is the courage to continue that counts.”
“If you’re going through hell, keep going.”
“Continuous effort – not strength or intelligence – is the key to unlocking our potential.”

Affronter les faits et garder confiance : le paradoxe de Stockdale

Dans l’étude de Jim Collins, les entrepreneurs qui ont surmonté une situation critique ont réagi par une dualité psychologique très forte : ils ont « à la fois accepté stoïquement la réalité, et conservé une foi indéfectible quant au dénouement, et un engagement sans faille vers l’excellence en dépit de la dure réalité ». C’est cette dualité que l’équipe de chercheurs a appelé le « paradoxe de Stockdale ».

James Bond Stockdale (1923-2005) est un des officier les plus décorés des Etats-Unis. Capturé pendant la guerre du Vietnam, il fut torturé et maintenu prisonnier pendant deux ans. L’incertitude sur son sort était totale. Pourtant il a sans relâche tenté d’améliorer les conditions de vie des autres détenus. Il a mis au point une méthode de discipline et leur a communiquée au moyen d’un code sonore.  Remémorant son passé, l’homme insiste sur deux facteurs distincts : « la foi en un dénouement heureux (que vous ne pouvez jamais vous permettre de perdre) » et « la discipline que vous vous imposez d’affronter les aspects les plus durs de votre réalité présente, quels qu’ils soient ».

My name is Bond. James Bond Stockdale.

Alors comment prendre la voie de l’optimisme ?

Selon Philippe Gabilliet, l’optimisme est un trait de caractère ou un état de conscience tout à fait particulier. Il nous conduit à envisager l’avenir comme une réalité globalement désirable, quelles que soient les difficultés que nous serons amenés à rencontrer. C’est une attitude fondamentalement créatrice d’énergie positive et de mouvement vers le meilleur.

Les optimistes parient sur 4 chosent :
– la force de la volonté, individuelle et collective, pour faire changer positivement les choses
– l’existence d’une solution : ils refusent l’idée d’impasse.
– la culture des ressources positives et des points forts
– l’action opportune, ou encore la possibilité pour chacun de toujours prendre les options et les bifurcations qui conviennent à un moment donné, afin que demain puisse être meilleur qu’aujourd’hui.

L’attitude face au présent et au futur

Souvent l’optimiste dit qu’il a de la chance. Mais dit-il « j’ai de la chance », ou « j’aide la chance » …? Selon Richard Wiseman, professeur de psychologie et directeur du « Luck-Lab » de l’Université de Hertfordshire, les personnes réellement chanceuses se distinguent par 4 attitudes :

– elles identifient en permanence des occasions fortuites. Elles nouent des contacts de façon détendue avec beaucoup d’autres personnes et ont une attitude globale d’ouverture d’esprit.
– elles sont en permanence branchées sur leur intuition, leur petite voix intérieure, parfois optimiste parfois pessimiste, et surtout s’entrainent à la développer en toutes circonstances.
– elles s’attendent à rencontrer des occasions positives qui vont leur permettre de réaliser ce qu’ils désirent. C’est un mécanisme d’« anticipation positive », permettant aux personnes chanceuses de se projeter à l’avance dans des interactions positives, d’imaginer que des occasions vont continuer à se présenter, et surtout que la réussite sera au bout du chemin en dépit des circonstances.
– elles ont une capacité supérieure à rebondir à la malchance (dont ils voient d’ailleurs le bon côté). En cas d’échec, elles continuent à chercher des pistes et à prendre des décisions qui lui permettent de déboucher sur des solutions constructives. Elles refusent de s’autopolluer et de ruminer en permanence les points de faiblesse sur ce qui n’a pas été réalisé ou qui a échoué.
A propos d’échec et de succès, trois excellentes citations méritent d’être citées :
Churchill (oui, encore lui) : « Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme » et « Agissez comme s’il était impossible d’échouer ».
Thomas Edison: « Le meilleur moyen de réussir, c’est de toujours essayer encore une fois ».

Sélection de références issues de la bibliographie de Philippe Gabilliet:

  • André Christophe, Vivre heureux : psychologie du bonheur
  • Ben Shahar Tal, L’apprentissage du bonheur
  • Blanchard Laurent, L’optimisme durable, comment les nouvelles technologies changent déjà le monde
  • Jean Cottraux , La Force avec soi
  • Gladwell Malcolm, Le point de bascule, Comment faire une grande différence avec de toutes petites choses.
  • Gunn Anthony, Transformer ses peurs
  • Seligman Martin, La force de l’optimisme. Apprendre à faire confiance à la vie.

Et encore quelques citations sur l’optimisme

Georges Bernanos : « la seule différence entre un optimiste et un pessimiste c’est que l’optimiste est un imbécile heureux, et que le pessimiste est un imbécile triste ! »
Voltaire : « j’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé »
Baden-Powell : « l’optimisme est une forme de courage qui donne confiance aux autres et mène au succès »
White : « au lieu de voir que les roses ont des épines, voyez que les épines ont des roses ».
Pagnol : « pour l’optimiste, la vie n’est pas un problème, mais une solution ».