Ces derniers mois, branle-bas de combat au sein des entreprises. Partout ce genre de questions fuse :
« Faut-il remplacer les pailles en plastiques par des pailles en verre ou en inox ? » .
« L’interdiction des sacs plastiques concerne-t-elle les sacs biodégradables et ceux d’une épaisseur de 50 microns ? ».

Et pour cause, au début de 2020, la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire a été promulguée. Elle propose de « produire mieux et consommer mieux » pour en finir avec l’économie « linéaire », très impactante pour l’environnement. Mais cette loi ne doit pas faire oublier le véritable défi du monde économique : « comment pouvons-nous réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et enrailler l’extinction de la biodiversité ? ».

L’esprit de cette loi sur l’économie circulaire souffre de plusieurs écueils :

  • Un volet de la loi traite de l’ « information du consommateur ». En effet la loi part de l’idée qu’un consommateur éclairé rendra les entreprises plus vertueuses par sa « consomm’action ». C’est le mythe de l‘homo œconomicus qui postule que nous serions tous des êtres rationnels dans nos actes d’achat. Est-ce aux consommateurs d’assumer le rôle de rendre les entreprises plus responsables? A-t-on vraiment le temps que les consommateurs révolutionnent le monde de l’entreprise, quand on sait qu’on sait qu’il faudrait réduire de 87% nos émissions de C02 entre 1990 et 2050 (d’après la Stratégie Nationale Bas-Carbone) ? Non, il faut aussi changer la logique des modèles économiques.
  • Or l’économie circulaire reste dans une logique extractiviste. L’idée principale est qu’un objet en fin de vie peut servir de base à la fabrication d’un autre produit. Or un objet est souvent composé de plusieurs matières, et séparer ces matières demande de l’énergie. De plus, il semble compliqué de trouver un débouché à tous les matériaux composant ce produit, et encore plus des débouchés locaux. Enfin un objet produit reste un déchet en puissance, à moins d’être parfaitement compostable. Par exemple ce n’est pas parce qu’une chute de tissu d’une entreprise de l’outdoor est transformée par un acteur de l’ESS en sac à main, que ce sac sera compostable ou disparaîtra quand il sera en fin de vie.
L’économie circulaire « atténue » les effets du système productiviste, mais ne propose pas de changement structurel et profond des modèles économiques

Cette économie circulaire est donc un outil incontournable, mais il manque un premier échelon essentiel à la réflexion : sortir des logiques de consommation compulsive et de production dépendante de l’utilisation de matières et d’énergies. Les entreprises devraient donc concentrer tous leurs efforts à la création de modèles économiques qui génèrent de l’emploi et sont compatibles avec le vivant et les contraintes climatiques.

En d’autres termes, selon les mots de Youness Bousena, la vraie question est : « Comment réduire notre insoutenable niveau de production sans abandonner ceux qui en tirent de quoi vivre ». (La dette versus la planète, Socialter n°41, sept 2020)

Limites de l’économie circulaire selon Philippe Bihouix, auteurs de l’Âge des Low-tech (P 68)

L’économie circulaire laisse entendre que l’on pourrait indéfiniment recycler des matériaux en boucle. Sauf que selon le 2ème principe de thermodynamique, de la matière se perd toujours un peu au moment du recyclage ou de l’utilisation.
De plus, de nombreux matériaux de notre époque ne peuvent pas être refondus (par exemple les polymères thermodurcissables). D’autres, comme les emballages alimentaires ou médicaux sont souillés et donc non recyclables.
De plus nos produits sont de plus en plus complexes, avec de plus en plus de composants. D’infimes quantités de matériaux rares sont noyées dans d’autres métaux. Pire, parfois ils sont utilisés dans des matériaux à usage dispersifs: la peinture, les fertilisants, etc. Saviez-vous que l’on diffuse des nanoparticules d’argent dans les chaussettes comme agents anti-odeurs?!
Ainsi selon l’auteur, le « cercle vertueux du recyclage » est percé de partout: perte par dispersion, mécanique, fonctionnelle, entropique… Ainsi monter le taux de recyclage est compliqué, alors qu’il faudrait revoir la conception des produits à la source.

Pour aller plus loin
Flore Berlingen, Recyclage : Le grand enfumage : Comment l’économie circulaire est devenue l’alibi du jetable, Edition Rue de l’Echiquier, 2020
L’âge des Low-tech, Philippe bihouix, Editions du Seuil, 2014