Vers un tri à la source et une valorisation organique des biodéchets

Les biodéchets sont constitués des déchets alimentaires et des autres déchets naturels biodégradables. Selon une estimation de l’Association Internationale des Consultants en Restauration et Hôtellerie, le gisement de biodéchets représente plus d’un million de tonnes par an chez les professionnels de la restauration commerciale ou collective.

La loi vise la généralisation du tri à la source des biodéchets à tous les acteurs français d’ici 2025 (article 70 de la loi de transition énergétique pour la croissance verte publiée le 17 août 2015). Cette contrainte concerne autant les entreprises que les particuliers.

Ces dernières années, la réglementation privilégie la valorisation organique via le compostage ou la méthanisation. Ces techniques permettent de rendre à la terre des matières organiques adaptées aux besoins agronomiques des sols. Au contraire, l’incinération et l’enfouissement détruisent cette « bio-ressource », en émettant gaz toxiques ou gaz à effet de serre.

Qui sont les professionnels « gros producteurs » ?

Avant 2025 et depuis 2012, toutes les personnes qui produisent ou détiennent une quantité importante de biodéchets ont l’obligation de trier ces biodéchets et de les faire valoriser dans des filières adaptées (article L. 541-21-1 du code de l’environnement (issu de la loi dite Grenelle 2).

Depuis le 1er janvier 2016, ce sont les professionnels produisant plus de 10 tonnes par an de biodéchets, et de 60 litres par an pour les huiles, qui sont concernés.

Sont concernées principalement les entreprises d’espaces verts, de la grande distribution, des industries agroalimentaires, des cantines et restaurants, des marchés.

À partir du 1er janvier 2023, le seuil sera encore abaissé : les personnes qui produisent ou détiennent plus de cinq tonnes de biodéchets par an doivent mettre en place un tri à la source et une valorisation biologique ou une collecte sélective de ces déchets (article L541-21-1 modifié par l’article 88 de la loi du 10 février 2020 relative à l’économie circulaire).

Faire le point sur ses biodéchets

Qu’elles entrent dans la catégorie « gros producteurs » ou non, les entreprises ont plusieurs solutions pour gérer leurs déchets organiques.

Les principaux critères à prendre en compte sont:

– La quantité de déchets par jour ou par an (en kg ou en nombre de couverts pour un restaurant)
– La surface disponible ou pour poser un composteur et éventuellement pour sa maturation
– La présence ou non de débouché pour le compost (espace vert, maraîchage à proximité)
– La quantité souhaitée de déchets organiques traités
– Le temps de compostage et la quantité souhaitée de compost produit quotidiennement

Différentes solutions pour les entreprises

  • La collecte par un prestataire privé.
    L’entreprise lui transfert la responsabilité du traitement de ses biodéchets dans le respect de la réglementation.
  • Le compostage de proximité, autonome ou partagé avec d’autres professionnels.
    Par exemple le compostage semi-industriel est une installation sur site qui traite les biodéchets et les transforme en compost de manière accélérée (quelques semaines au lieux de quelques mois). Le système est automatisé et inaccessible aux nuisibles. Le compostage in situ requiert un agrément sanitaire pour les déchets alimentaires carnés. Il faut ensuite trouver un espace pour laisser reposer ce compost encore quelques semaines, puis lui trouver un débouché. Souvent ce compost est normé, il peut même être revendu.
  • Le compostage semblable à celui des ménages peut être mis en place pour les petits volumes. Les entreprises peuvent ainsi réduire le coût de traitement des biodéchets en compostant par exemple les déchets organiques de bureau (marc de café, déchets de repas…), les déchets verts (tonte de gazon, feuilles mortes, branchages…) et les matières carbonées ( carton, serviettes en papier, rouleaux de papier ménage, emballages alimentaires en papier, journaux…).

    De nouveaux types de composteurs (Hotbins), aux parois isothermes, permettent d’accompagner la montée en température due à l’activité bactérienne. Soumise à des températures de 30 à 50°C, la matière se transforme plus vite en compost, sans odeur ni nuisibles.

Le composteur collectif de proximité est souvent composé d’au moins trois compartiments: un pour stocker la matière sèche, un pour jeter en mélange matière organique et matière sèche, et un dernier pour laisse maturer le compost une fois le bac rempli.

Les composteurs bois - 39 - Jura

Le lombricomposteur (composteur individuel basé sur la digestion de déchets alimentaires par des lombrics) en intérieur;

Ces solutions peuvent parfois être mises à disposition de la collectivité, moyennant une caution ou un tarif très avantageux.

Si les collectivités disposent d’un système de collecte séparée des biodéchets, elles pourront prendre en charge ceux des entreprises qui, « eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, sont similaires aux biodéchets des ménages » ( l’article L. 2224-13 du Code général des collectivités territoriales).

Sources :
https://www.ecologie.gouv.fr/biodechets
https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/tri-collecte-biodechets-synthese_010698.pdf

Avec la participation de Gauthier Delcloy, expert en gestion des déchets à Co-Objectifs 21